Seba, livres et autres bonnes choses...

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mercredi 6 septembre 2017

Les espoirs de Dior

Notre prochain bébé naîtra le 20 sept. C'est un premier roman, celui de notre ami Cheikhna Diop. Il est natif de Koalack et est titulaire d'un Master en Lettres modernes de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Après avoir servi dans le préscolaire et l'élémentaire au Ministère de la famille, il est actuellement enseignant de lettres dans le moyen secondaire à Dakar où il vit.

Avec "L'espoir d'une vie heureuse" il partage un parcours de vie qui pourrait évoquer des souvenirs à chacun d'entre nous. En fait c'est l'histoire de Dior, une jeune Dakaroise, deuxième fille d’une haute personnalité dans une institution occidentale. Elle mène une vie instable à la suite d’un mariage avec un époux qui sombre dans la consommation de la drogue. Tiraillée entre un attachement sentimental et l’envie de s’émanciper d’un mari pitoyable, elle va au fil des années s’accrocher à des promesses non tenues qui vont la conduire au bord du suicide : promesse d’une vie heureuse, promesse de rompre avec la drogue par son mari…

Un jour, alors qu’elle sort de son marché hebdomadaire, elle fait la connaissance d’Aïdara, un jeune cadre de l’administration. Une relation de confiance s’installe entre eux, un attachement au mépris de toute considération morale et religieuse. Dior lui ouvre les portes sécrètes de son cœur et caresse l’espoir de réaliser le rêve d’une vie heureuse tant désirée...

Rendez-vous le 20 septembre 2017 en librairie et déjà disponible sur http://www.tehameditions.com/9791090147263

mercredi 23 août 2017

DIOR, DES PLEURS


J’ai Dior dans la tête, une jeune femme qui habite rond point Sacré Cœur à Dakar. À force de lire et relire son histoire, vérifier que chaque virgule est à sa place, qu’il ne manque pas une lettre quelque part, qu’il y a vraiment de quoi se mettre sous la dent, cette fille d’une haute personnalité d’une institution occidentale n’arrête pas d’occuper mes pensées. 

Donc je me suis réveillé avec les pleurs de Dior, une femme écartelée par l’envie de quitter un homme noyé dans la drogue et l’amour qu’elle éprouve pour lui. Son énergumène de mari comme elle l’appelle l’a fait tellement souffrir. Que de promesses non tenues : promesse d’une vie meilleure, d’arrêter avec la drogue, de s’occuper des enfants…

Elle qui jeune fille rêvait d’une vie conjugale de reine paisible, avec un mari aimant de plus en plus chaque jour. Mince alors ! Voilà qu’elle se bat avec elle-même au quotidien. Des batailles intérieures qui nous livrent les meilleurs ingrédients d’un roman psychologique et qui se terminent toujours par des tsunamis de larmes : 

« Je pleurais devant cet individu que je ne reconnaissais plus, devant cette créature qui prenait les formes d’un monstre prêt à sauter sur sa proie docile et résignée. » p. 28

« Après plusieurs tentatives toutes vaines, je me résignai et allai me réfugier tout en pleurs au fond du lit. » p. 30

« Mes larmes coulèrent à flots. Mon coeur était brisé, mon âme prisonnière, mes jambes cassées. Mon esprit venait d’entrer dans une sorte de prison. » p. 35

« Sans être sûre de ce que je redoutais, je recommençai à pleurer comme une enfant. Ma vie allait changer une nouvelle fois. Et une multitude de questions pullulaient dans ma tête. » p 41

« À l’idée que je ne m’étais pas encore libérée des griffes de cet énergumène, je recommençai à pleurer, pleurer à chaudes larmes, pleurer à la pensée d’un avenir incertain, pleurer de devoir rester pour ma vie entière auprès de ce drogué. » p 51

« Pas un seul mot ne pouvait sortir de ma bouche desséchée comme un puits tari. Seules de grosses et chaudes larmes sortirent de mes yeux. Je pleurai ainsi, assise sur un coin du lit. Chaque fois que je regardais mon enfant, celui pour qui j’envisageais un bon avenir, le flot de mes larmes redoublait d’intensité. » p 64

« Au retour, je m’enfermai rapidement dans ma chambre et pleurai pendant longtemps. Mais les larmes pouvaient certes soulager un coeur, mais ne pourraient jamais laver les souillures d’un corps. » p 145

Si vous cherchez une pleureuse pour votre deuil, Dior semble avoir l’expérience requise. Retrouvez là dans L’espoir d’une vie heureuse, le premier roman de Cheikhna Diop.

Lire Cheikhna Diop, L’espoir d’une vie heureuse, Teham Éditions, 2017

mercredi 26 juillet 2017

Par procuration

« Femme noire, femme africaine, ô toi ma mère je pense à toi…
Femme des champs, femmes des rivières, femme du grand fleuve, ô toi, ma mère, je pense à toi…
Femme noire, femme africaine, ô toi, ma mère, merci ; merci pour tout ce que tu fis pour moi, ton fils, si loin, si près de toi ! »

Camara Laye fait cet hommage dans son roman « L’enfant noir », un récit qu’il écrit en 1953 alors qu’il "traverse une période de désarroi" lors de son séjour en France.

« L’enfant noir » est un roman nostalgique dans lequel l’auteur retrace la vie d’un enfant de Kouroussa en Guinée. Il retrace la vie du jeune adolescent qui baigne dans l’univers traditionnel africain et l’héritage colonial. C’est vraiment un document qui vous permet de vivre par procuration un mode de vie traditionnel.

Lire Camara Laye, "L'enfant noir" Plon, Pocket 1976
#2017Lire1LivreParMois #juillet2017

lundi 26 juin 2017

LE FANTASTIQUE

Je viens de terminer la lecture d’un conte inédit qui m’a fait penser à d’autres textes dans le même genre, qui produit un réel doute entre le naturel et le surnaturel, le possible et l’impossible. Ces textes sont parfois très anciens comme l’histoire du magicien Djédi vers – 2575, un personnage capable de trancher la tête d’une vache et de la remettre en place ; ou des textes d’aujourd’hui comme l’histoire de Coumba l’orpheline dans les contes de Ndayane où un cheval est capable rien qu’avec son crottin de construire une montagne. Ce genre d’histoire est récurrent dans le quotidien africain et constitue une caractéristique de la littérature africaine à travers les âges. Patrick Mguema Ndong sur la Radio Africa N°1 a pendant des décennies tenu en haleine des générations d’auditeurs avec « L’aventure mystérieuse ». 

Magie ou science, voici le combat de Balla contre le buffle-génie décrit par le narrateur de Kourouma dans « Les soleils des Indépendances » pages 124 et 125 : « L’homme savant et expérimenté qu’était Balla comprit tout de suite qu’il avait affaire à un buffle-génie, et il sortit le profond de son savoir. […] L’homme prononça une incantation grâce au pouvoir de laquelle il balança son arme qui se maintint à hauteur d’arbre entre ciel et terre ; une autre incantation, et Balla fut transporté et assis sur son fusil aussi confortablement que dans un hamac et trop haut pour être inquiété par le buffle. Mais le buffle était aussi savant que l’homme et l’animal se métamorphosa en aigle et piqua ses serres en crochets sur Balla qui ne dut son salut qu’à une nouvelle incantation, grâce à laquelle il se transforma en aiguille, le chasseur n’échappant toujours pas aux poursuites du buffle qui se fit fil, et le fil rampa promptement pour pénétrer dans le chas et soulever l’aiguille. Rapidement, d’aiguille Balla se métamorphosa en brindille pour se soustraire du fil rampant, et la brindille disparu entre les herbes. Le buffle pourchassa toujours et se fit flamme et la flamme se mit à consumer la brousse, la fumée de l’incendie s’éleva, le crépitement de la flamme se mit à assourdir et le remue-ménage gagna toute la brousse. Profitant de ce remue-ménage, Balla, grâce à une dernière incantation, surprit la bête par un avatar de maître. Notre chasseur se fit rivière et la rivière noya la flamme, éteignit le dja de l’animal, le vital de l’animal, qui perdit magie et conscience, redevint buffle, souffla rageusement, culbuta et mourut. » 

Lire Ahmadou Kourouma, Les soleils des Indépendances, Éditions du Seuil, Paris 1970
Écouter en podcast Patrick Nguema Ndong dans « L’aventure mystérieuse » http://laventuremysterieuse.com/

#2017Lire1LivreParMois #juin2017


dimanche 25 juin 2017

LE JAZZ !

Dans son livre « La bataille du jazz » écrit en 1965, Hugues Panassié prends position de manière nette en faveur du jazz et des jazzmen. Il défend avec vigueur le « vrai jazz », celui créé par « Les Noirs des Etats-Unis d'Amérique, vers la fin du 19e siècle, lorsqu'ils commencèrent à jouer d'instruments tels trompette, trombone, clarinette. » Il donne la parole aux premiers concernés, les jazzmen, surtout les meilleurs d'entre eux : 
« Le jazz vient tous simplement des gens tapant du pied ou claquant des mains dans les églises » Kid Ory 
« Vous pouvez faire du jazz simplement en tapant sur une table » Sidney Bechet
« Le jazz à ses débuts était musique de danse. Pourquoi ce divorce avec son passé? ». Dizzy Gillespie
« Le bop n'a pas de racines dans le jazz. Le bop n'est pas un enfant du jazz, c'est quelque chose d'entièrement séparé, de tout à fait à part… Dans le bop, il n’y a pas de pulsation continue ; dans le jazz, il y en a » Charlie Parker

C’est un livre très documenté avec une riche bibliographie et discographie, qui permet vraiment de faire un bon chemin dans la découverte du jazz et de son histoire. Hugues Panassié utilise tous ses atouts pour argumenter son point de vue : Son expérience de critique musical, de producteur… La manière aussi. L’ouvrage comprend deux parties ; une qui explique bien les choses : qui a créé le jazz, ce qu’est le jazz, son essence, ses caractéristiques. En seconde partie, la plus polémique, il dénonce l’incompétence et la malhonnêteté des progressistes, les gens du « jazz moderne », du « bop », du « cool »…et le leur influence sur l’épanouissement du « vrai jazz ».

C’est un livre très intéressant à lire, qui sur plusieurs aspects rejoint les problématiques actuelles de l’épanouissement de la création inspirée par l’imaginaire africain.

Hugues Panassié, « La bataille du jazz », Albin Michel, 1965

lundi 29 mai 2017

CANON DE BEAUTÉ : Grosse et belle ? Pas sûr.

En face de la beauté, il y a la laideur. Bon ! Les goûts ne se discutent pas ? Il y en a qui provoquent l’admiration de tous et imposent l’unanimité. C’est ce que nous apprend le narrateur de Lamine Kamara dans « SAFRIN ou le duel au fouet ». Chez les Diomabanan, peuple habile dans la danse Doundoumba, il y a la jeune Fanta. Fanta Kaba. De mémoire de Djéli, il n’y a jamais eu une aussi belle fille dans tout le pays Mandingue. : « Belle Fanta l’était ! Mince, grande, élancée comme une gazelle de la savane, son teint noir brillait d’un éclat si particulier qu’il donnait l’impression d’être éternellement sous l’effet de la graisse de python qui dit-on fait briller la peau. Sous sa chevelure abondante, toujours tressée à la dernière mode par les mains expertes […] elle paraissait toujours une nouvelle métamorphose de sa propre personne tout en demeurant la même. Belle !
Belle ! Son visage allongé, avec un front légèrement fuyant, n’évoquait que tendresse. Ses yeux en amande, clairs et humides, lui donnaient toujours l’air de sourire et de pleurer à la fois. Son nez droit et mince, ses lèvres épaisses et sensuelles qu’elle savait teindre de rose quand elle croquait la cola se détachaient merveilleusement sur son visage et semblaient inviter au baiser. …. »

Voilà pourquoi Safrin et Karinkan se sont battus à sang pour mériter la reine des Hèrèmakonons ou encore « aurore du bonheur ».

SAFRIN ou le duel au fouet est le premier roman de Lamine Kamara. Écoutez-le ici https://youtu.be/HPEfJVfR32U

#2017Lire1LivreParMois #mai2017

jeudi 20 avril 2017

UNE CARACTÉRISTIQUE DE LA LITTÉRATURE AFRICAINE

Seydou Badian dans son roman « Sous l’orage » (Présence Africaine 1972) aborde plusieurs thématiques satellites de la thématique principale ; le mariage forcé. On y lit le rapport entre l’ancien et le nouveau : une confrontation directe entre les générations de l’école traditionnelle et celles du système éducatif colonial. Un choc systémique qui laissent néanmoins des brèches, mises en évidences par des protagonistes, qui ont été aux deux écoles ou qui ont compris la nécessite de s’adapter au contexte présent, en prenant le meilleur du vieux et du neuf. En plus des thématiques traitées, « Sous l’orage » de Seydou Badian est parsemé de plusieurs phrases courtes de porté générale, qui viennent nourrir sa valeur morale. Qualifiées de proverbe, de sagesse, d’enseignement, de maxime… Et très souvent tournées en dérisions, ces phrases s’inscrivent tout à fait dans le genre moral, une caractéristique perceptible et récurrente de la longue tradition littéraire africaine.

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lundi 10 avril 2017

Anthony William Amo (1703-1758) et Jacobus Elisa Johannes Capitein (1717-1747) : deux intellectuels africains dans l'Europe des Lumières

Tout comme son compatriote et contemporain Anthony William Amo, la figure de Jacobus Elisa Johannes Capitein est trop peu connue dans le grand public, et même parmi les intellectuels, en Afrique. Pourtant, l’histoire et l’œuvre de cet érudit africain, au siècle des Lumières ne manquent pas d’intérêt. Né comme Amo sur la côte de l’actuel Ghana, en pays Fanti, Capitein effectuera de brillantes études universitaires en Europe, couronnées par un doctorat en Théologie obtenu en Mars 1742, à l’université de Leyde, en Hollande. Mais là s’arrêtent aussi leurs points de convergence. 

Alors que la thèse de doctorat du premier traitait « Du Droit des Noirs en Europe » (De Jure Maurorum in Europa) celle du second porte en latin le titre suivant : « Dissertatio Politico-Theologica De Servitude, Libertati Christianae Non Contraria ». Ce qui signifie : « Dissertation théologico-politique au sujet de la servitude, laquelle n’est pas contraire à la liberté chrétienne ». Le point central de cette thèse est, en fait, de soutenir que l’esclavage des Nègres est compatible avec le christianisme. Afin de mener à bien sa mission d’évangélisation et de représentation de la West Indies Company (WIC), alors activement engagée dans la traite négrière, Capitein est aussitôt ordonné prêtre en Mai 1742, puis renvoyé comme missionnaire à Elmina, au Ghana, en juillet de la même année. Ancien esclave affranchi, il va donc passer le restant de sa vie à défendre le système qui l’avait privé de sa liberté, en niant son humanité. Il meurt prématurément en 1747, dans des circonstances non élucidées, l’année même du retour de son compatriote Amo en Afrique.

La vie et l’œuvre de ces deux érudits africains du siècle des lumières européennes nous offrent deux paradigmes intéressants à l’intérieur desquels pourraient se reconnaître un grand nombre d’intellectuels africains de la période coloniale et postcoloniale. D’où l’intérêt de les revisiter aujourd’hui… 

Yoporeka Somet

Bibliographie :

Kwesi Kwaa Prah, Jacobus Eliza Johannes Capitein, 1717-1747 : Etude critique d'un Africain du XVIIIe siècle, Présence Africaine, Paris, 2005

Anthony William Amo, sa vie et son oeuvre, présentation de Yoporeka Somet, Teham Éditions, Le Plessis Trévise, 2016

jeudi 6 avril 2017

Cinq mille ans d'expérience littéraire

Les curiosités autour des lettres africaines poussent parfois à se refaire les idées. J'ai ressorti le premier livre de Yoporeka Somet. Il parle de l'amour de la sagesse africaine pharaonique : le droit, la morale, la création de toutes les choses qui existent, l'art, et la littérature. C'est quand même 35 siècles d'expériences littéraires sans discontinuité avec de grands textes sur la foi, la sexualité, l'amour, l'imaginaire, la vie sociale très souvent étouffés par deux cent ans de complaintes et de revendications focalisées d'abord sur l'esclavage, puis la colonisation et maintenant l'immigration et le terrorisme. Lire ce livre de Yoporeka Somet est une manière de prendre le large. Il est bon pédagogue, il écrit ce qu'il pense avec simplicité et sérénité. Voilà ! Les enseignements de Kagemni il y a cinq mille ans, dans le genre moral ce qui nous parvient sous le nom de sagesse ou proverbe africain : « Si tu es sage, garde ta maison; aime ta femme sans ménage. Remplis son ventre, habille son dos; ce sont les soins à donner à son corps. Caresse-la, remplis ses désirs, le temps de ton existence... Ne soit pas brutal; les ménagements la conduisent mieux que la force... C'est ce qui la fixe dans ta maison... »

Yoporeka Somet, « L’Afrique dans la philosophie, Introduction à la philosophie africaine pharaonique », Khepera, Paris 2005

Il donnera une conférence ce dimanche sur Anthony William Amo (1703-1758) et Jacobus Elisa Johannes Capitein (1717-1747) : deux figures africaines qui apportent un éclairage sur le parcours de l'intellectuel africain d'aujourd'hui.

Cette conférence sera suivie de la présentation et dédicace du livre « Anthony William Amo : sa vie et son œuvre ».

Dimanche 9 avril 2017 à 15h-19h - 19, rue du Chalet 75010 Paris
Interphone : Tamery - Tél. : 06 10 82 29 18
Métro 2 et 11 Belleville - Participation : 10 €

Préparez la conférence avec le livre sur Amo... www.tehameditions.com/9791090147201

mercredi 22 mars 2017

QU’EST QU’UN BON ÉCRIVAIN ?

Il est vraiment constant Ousmane Sembène dans le choix de sa cause : dénoncé l’injustice. Ici c’est le drame qui s’abat sur Diaw Falla. Un drame qui le mène tout droit à la prison pour les jours qu’ils lui restent à vivre. Un drame qui provoque le décès prématuré de sa mère, conduit sa femme à la prostitution, à l’alcoolisme et met en péril l’avenir de son fils né après son incarcération.

Dans son roman « Le docker noir », Ousmane Sembène nous donne les ingrédients qui collent avec le regard qu’il porte sur l’écrivain. D’ailleurs, il nous dit ce qu’est un bon écrivain par la voix de Pipo un frère de Diaw : « Tu aspires à devenir un écrivain ? Tu n’en seras jamais un bon, tant que tu ne défendras pas une cause. Vois-tu un écrivain doit aller de l’avant, voir les choses dans la réalité, ne point avoir peur de ses idées. » p.149

Lire Ousmane Sembène, Le docker noir, Présence Africaine, 1973 🇸🇳👌

jeudi 16 février 2017

Les colombes de Soweto

Soweto, le 16 juin 1976, des jeunes élèves décident de s'émanciper de la domination raciale imposée par le régime de Pretoria. Munis seulement de leur chant, ils s'expriment dans la rue contre la loi décrétant l'usage de l'afrikaans comme langue d'enseignement dans les écoles noires. Dans un contexte d'apartheid, les manifestants vont être réprimés par une armée raciste et meurtrière. 

Cette pièce à la volonté de garder en mémoire ce souvenir indélébile de la longue marche des Sud-Africains vers la liberté. 

lundi 10 octobre 2016

Celestin Lingo, La Paix, dis-moi ton nom

« J'écris, Je dis » est un cours d'écriture dont j'assure l'organisation pour la quatrième année consécutive. Cette année il a encore tenu ses promesses. Les participants venant de tous les horizons se sont rencontrés autour de la Paix pour la clôture. C'était hier, dimanche 9 octobre 2016.

Un texte sélectionné par le jury a particulièrement retenu mon attention. Celui d'une personne qui a expérimenté la Paix. Son état de santé ne lui a pas permis de se rendre à la rencontre de clôture et il m'a transmis ce message à partager : « Je voulais être présent à cette rencontre pour deux raisons ; 1)servir de passation de témoin, 2) féliciter Teham Editions pour cette formule nouvelle d'édition qui permet à plusieurs personnes d'exprimer leur opinion dans un même document durable. Voilà les véritables raisons de ma contribution à cette reflexion multipolaire. Celestin Lingo, Neuilly sur Marne (France), 9/10/2016 ».

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mardi 4 octobre 2016

EMMANUEL MATATEYOU, il nous donne du rêve

J'ai saisi l'occasion vendredi dernier, 30 septembre 2016, de la rencontre dédicace d’Emmanuel Matateyou autour de son roman « La mer des roseaux »  pour partager mon expérience avec l’auteur et le public. C’est un livre publié en 2014 par l’équipe éditoriale que j’anime.

Voici ce que j’ai dit :

« La mer des roseaux », c'est un livre, je l'ai lu comme un livre à plusieurs facettes. Au contraire de l'indication « roman » qui est écrite sur la couverture pour guider le lecteur, c'est un livre qui porte plusieurs genres littéraires : le conte, le genre moral, le fantastique... Ces genres s'appuient sur un prétexte. Le voyage de deux amis qui mène à la découverte des espaces de convivialité où « le dire et le délire se côtoient en harmonie »; des lieux géographiques, villes et places de villes.

L’histoire : Obama et Njoya sont deux amis qui reviennent de la célébration des funérailles du grand-père de l'épouse de Njoya. Au retour, il emprunte la Toyota Hiace de Hombre, qui fait pour ce jour, la route entre Foumban et Ongola. Le prétexte de ce voyage va nous plonger dans l'univers des transports en commun, il va aussi nous facilité l'accès au vécu de plusieurs peuples dans leurs interdépendances; de la région de l'ouest, du sud et du nord du Cameroun. Ce prétexte va nous offrir un regard sur le tribalisme, sur le la défense de la condition de la femme, les intrigues du jeu politique, les faits de société que nous vivons au quotidien sans pour autant prendre du recul, les saisir et les comprendre dans la continuité d'un processus culturel et historique. 

Dans ce livre, l'ancien et le nouveau se côtoient, les âges se côtoient, l'épopée de mvet d'Eyi Mon Ndon se frotte à l'actualité politique récente. Le mystère et la froide réalité des pandémies se cotoient aussi. La chronique animalière vient à travers un personnage emprunté à l'auteur Patrice Nganang, le chien Mboudjack qui parle. Ce dernier renforce la part de mystère qu'il y a dans l'oeuvre. 

Parce que l'auteur à la facilité de restituer ce qu'il observe, dont de faire parler ses personnages comme les gens parlent dans la vie de tous les jours, c'est un livre qui nous permet de fixer un certain nombre d'expressions du vocabulaire courant. Il a la capacité de mettre en image des mots que nous employons sans avoir les repères écrits pour les définir. 

A côté de ces possibilités de lectures, il y a des personnages qui nous sont familières; malam Titawah, le guérisseur capable de soigner la maladie des quatre lettres. La jeune normalienne, belle et intelligente qui va dévier de son parcours à cause des choses du corps. La vendeuse qui propose de quoi se rafraîchir aux passagers de Hombré pendant la pause. A tous ces personnages, le narrateur donne la parole et chacun partage son expérience de vie et nourrit ainsi la nôtre.

Et l'auteur de réagir : « C'est le rêve là... voilà ! Je vous invite à rêver. C'est le bonheur que je vous donne, de partager ces moments que vous n'avez plus, quand vous êtes dans une civilisation de béton, alors là vous pouvez au moins visiter Makénéné à travers mon oeuvre. Ça c'est le rêve, que je vous donne »

Teham Wakam

mardi 27 septembre 2016

UNE EXPÉRIENCE AU VILLAGE

Abbe Ngayihi  a dit : « Je ne suis pas un chanteur, c’est pour cette raison que j’aime bien accompagner mes albums de texte qui dit l’esprit de chaque titre »

À l’origine, il y a une idée qui se matérialise d’abord par le texte et ensuite la musique. C’est ainsi que j’ai reçu le nouvel album d’Abbe Ngayihi. Un condensé de culture Ekang qui emprunte les chemins des sens pour nourrir nos émotions et celui du cœur pour toucher les choses de l’esprit.

Abbe à bien fait et il est content. Moi aussi. Cela lui a pris du temps, un temps long et le résultat est là. Dix titres qu’on apprécie dans toutes les circonstances, du réveil à la fin de la journée : le son est bon.

Achetez l’album, lisez le livret, écoutez la musique et partagez votre expérience.

Voici la mienne :

La première fois que j’ai vu l’album, mon attention a tout de suite été retenue par les illustrations.  Des traits de crayons qui donnent les contours des musiciens qui y ont joué, et enjolivent la pochette, le CD et le livret qui vont ensemble. J’ai ensuite lu le contenu du livret et enfin je me suis mis à l’écoute.

Chaque titre de l’album à une saveur singulière, qui mis bout à bout, reconstruit un parcours et raconte une histoire, celui du retour au village, des retrouvailles avec ses racines : « Owé me mà yén atàn !! (Oui j’ai revu le village !!) / Retrouver ce chemin de terre / Respirer ces senteurs » Atàn [Titre 1 – 8mn19’’]

Un retour au village nous plonge dans l’enfance, car « Chacun de nous a gravé dans son cœur / Un souvenir, tout petit, hérité de son enfance / Un cadeau qui de temps en temps refait surface » Ikom a mbass [Titre 2 : 7mn00’’] 

Un retour au village qui remet dans notre mémoire ce que nous sommes ; « les Mvog namni, querelleurs, bagarreurs, impétueux, courageux, facétieux, tenaces, festoyeurs » Mvog Namni [Titre 3 – 5mn42’’]. Il nous rappelle également que nous sommes d’abord enfants d’Afrique, bantous, Béti, Eton, Ewondo et fiers de l’être : « Bî bongo Ewondo / Bî bongo Béti / Bî a djem Bikutsi » Bongo Ewondo [Titre 5 – 4mn40’’].

Abbé interroge ce peuple qui est le sien et également le nôtre : sur le mensonge, « Alors cesse tes mensonges, mon amour / Je t’aime et c’est pour la vie, mon amour » Minal mi [Titre 4 – 5mn09] ; sur la paix, par « La voix de la princesse Amand’la / La voix d’une princesse éprise de paix / La voix d’une fée bénissant sa terre : L’Afrique » Amand’la [Titre 6 – 5mn34’’ ] ; sur la vengeance, « Tu es entrée dans ma vie ma chérie / Et tes amants aussi t’ont suivi ma chérie / Encore ce coup de bambou /… / Je t’ai accueilli comme je te banni aujourd’hui / Et il est pour toi cette fois, le coup de bambou » Bambou [Titre 7 – 4mn20’’] ; sur l’alcoolisme avec le personnage de Ndjana qui aime vraiment l’odontol mais n’est pas soûlard, « Surtout celui du matin qui te réchauffe bien / Et puis celui de sept heures trente, il est bon celui-là ! / Et celui de huit heures aussi… / Même celui d’après… / Et puis celui d’après encore…  » Ndjana [Titre 8 – 5mn02’’] ; sur la condition de l’homme, un homme qui disparaît et laisse place à un corps sans âme, des numéros, « Pitié ! Pitié ! J’ai une âme / Je suis vivant ! Je suis humain ! / Plutôt qu’un chiffre / Ou un nombre / Mettez un visage… / Juste un visage… Pour plus d’humanité. » Ledger [Titre 9 – 8mn17’’].

Abbe nous oblige avec cet album rythmé et harmonieux, à reconsidérer nos parcours et à envisager de nouvelles expériences. Surtout, il ne manque pas de le dire en mot et en musique : « Au commencement une idée, comme un souffle / Puis ce souffle grandi comme une nécessité, une urgence / Et l’idée s’échappe, de cette âme vers l’âme voisine / Un unisson envers et contre tous / Il faut transmettre l’idée, convaincre, une nécessite disais-je / La voilà qui prend vie s’envole, comme une épidémie » Pompol [Titre 10 – 4mn53’’]

Lisez et écoutez le message du village, Atàn

Atàn, Abbe Ngayihi, Jazz Ants 2015

Avec :

Abbe Ngayihi (Piano, Composition, Arrangements), Terrence Ngassa (Trompette), Jean-Baptiste Tarot (Saxophone Alto), Jean-Jacques Elangue (Saxophone Tenor), Pierrick Biffot (Basse Electrique), Jean-Baptiste André (Contrebasse), Guy Nwogang (Batterie), Ronan Despres (Batterie), Mickaël Jamier (Batterie)

Contact booking : +33 (0)6 67 70 05 65 / Email : booking@jazzants.com

samedi 16 juillet 2016

Amo, l'Africain de Guinée


En mars 1724, la loi touchant l'État et la Discipline des esclaves nègres de la Louisiane est édité par LOUIS, Roi de France et de Navarre. En novembre 1729, AMO, l'Africain de Guinée défend à l'Université de Halle (Allemagne), sa première thèse intitulée « Sur le droit des Noirs en Europe ». L'oeuvre d'Amo sera disponible à partir du 27 juillet 2016.http://www.tehameditions.com/9791090147201

jeudi 2 juin 2016

ZE BELINGA PRESCRIT L'UBUNTU

Notre situation d'entremetteur entre le livre et le lecteur, nous offre au fil des rencontres de multiples occasions d'apprendre des autres et d'être éclairé sur ce que nous pouvons mettre dans le pot commun. Certaines idées, certaines informations qui nous paraissent parfois évidentes, semblent d'une relative évidence pour les uns ou même une trouvaille pour d'autres.

L'objet de la discussion aujourd'hui c'est la nécessité de parler de la colonisation et de ses avatars, à une époque où les nouvelles se donnent à la vitesse de la lumière. Quelle distanciation peut-on avoir sur cette parenthèse historique ? Est-ce que ce passé qui forge notre présent mérite qu'on s'y attarde ? Ou encore, la question a-t-elle été suffisamment étudiée pour qu'on passe à autre chose ?

Pour enrichir la discussion, je fais appel au sociologue et économiste Ze Belinga avec son « Discours sur le colonialisme après la colonie » (Teham Éditions 2012).

Au commencement de ce livre, il rend un réel hommage à Ruben Um Nyobè; un homme vertueux et studieux, un « combattant armé de droit, d'éducation, de conviction ». Ensuite, il démarre sa réflexion en disant ceci : « Y aurait-il un bon moment pour prendre la parole au sujet vaste, sinon inépuisable, de la conjoncture politique africaine vue sous le prisme privilégié de la souveraineté des peuples ? On pourrait objecter qu'une opportunité n'en vaut pas plus qu'une autre, l'urgence frappant à toutes les portes, à tous les carreaux, au creux de tant de mains mutilées. Alors pourquoi se presserait-on de discourir sur le colonial après la colonie ? » (p.15) Et, c'est « porté sur l'arche césairien » qu'il explore « le colonial après la colonie » : l'accusation, la réfutation, les responsabilités, la facture, le mode opératoire, etc. En effet, pour Ze « Discourir sur le colonial, c'est nécessairement, porté sur l'arche césairien, ne pas céder à la couardise, aux flagorneries qui caressent l'orgueil à fleur de peau des possédants, aux bruyantes platitudes qui tissent le sens commun, les convenances élitaires » (p.131).

Il termine sa prise de parole par « l'éthique ubuntu l'antinutriment du colonial » : Nous sommes ce que nous sommes car ils sont ce qu'ils sont.

Lire Ze Belinga, « In-dépendances », Discours sur le colonialisme après la colonie, Teham Editions 2012, 144 pages.

mercredi 18 mai 2016

SAMB ET SON NOUVEAU VISAGE

Je connaissais l'écrivain sénégalais Mamadou Samb en tant que romancier, pour ses romans « L'écharpe des jumelles » (2013) et « Les larmes de la reine » (2015). Cette année je le découvre en tant que dramaturge et comédien. En effet, Papa Mbar Faye nous apprend dans la préface du nouveau livre de Samb ceci : « L'auteur n'est pas en terrain inconnu du fait qu'il est un ancien étudiant de l'École normale William Ponty. Dans ce creuset intellectuel et artistique, Mamadou Samb participait à la vie active non seulement en montant des pièces de théâtre dans le cadre du club culturel de l'établissement, mais il figurait aussi parmi les acteurs principaux qui jouaient les pièces de théâtre lors des fêtes de fin d'année ». D'ailleurs, Mamadou Samb commence « Le sang de Fanta » par un hommage à Thierno Bâ dont il fait « partie de ses anciens élèves à qui il a donné le goût du théâtre et de la littérature ».

« Le sang de Fanta » est la première pièce de théâtre que Mamadou Samb publie. C'est une adaptation de son roman « Le regard de l'aveugle » (2008), Grand Prix des lycéens du Sénégal 2011.


Lire Mamadou Samb, « Le sang de Fanta », Teham Editions, Plessis Trévise 2016

Par Teham Wakam 

vendredi 13 mai 2016

LE RECIT D’UNE VIE SOMBRE

Joseph Diouf tue le responsable de la mort de son frère et est incarcéré pendant 25 ans. Pendant son séjour, il fait la connaissance de Mamadou Sarre avec qui il partage une partie de sa vie. En 2042, à sa sortie de prison, il part en France pour soigner une prostate qui l’affaibli depuis plusieurs année. C’est seul, installé dans un parc de la capitale française que « Jo » comme le nomme son amant Mamadou surnommé « Ching » qu’il refait le film de sa vie.

Khadi Hane par la voix de « Jo » le narrateur nous fait découvrir quelques perles : Joseph Diouf miné par ses pensées morbides et sa relation sécrète avec Ching. Patrick Diouf, le syndicalisme qui dénonce tout ; le chinois envahisseur, l’inertie des responsables politiques dakarois… Catherine Diouf, la mère célibataire enfermée dans son silence depuis le départ de son mari. Wong le chinois présumé assassin et responsable de tous les maux. 
L’auteur fait également une anticipation sur l’avenir et nous fait découvrir un Dakar des années 2040 où la présence du Chinois et la pauvreté poussent de plus en plus les autochtones à s’exiler dans les campagnes pour espérer une vie meilleure.

Lire le roman « Demain, si Dieu le veut » de Khadi Hane, Éditions Joelle Losfeld, Paris 2015

mercredi 20 avril 2016

Thriller judiciaire au village par Monica Nkodo

Dans sa pièce « Le revers de la haine », Wakeu Fogaing s’immisce dans les coulisses d’un procès au sein de la société traditionnelle de l’Ouest.

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jeudi 24 mars 2016

AFROTOPIA, un livre qui aiguise la curiosité

book haul #Afrotopia

Lire Felwine Sarr, Afrotopia (Philippe Rey, 10 mars 2016) surprend par la manière inattendue avec laquelle l'auteur partage ses idées sur les thématiques traitées. Au fil des pages le doute s'installe chez le lecteur. Et, à l'issue des 155 pages, on est suffisament perplexe pour être obligé de consulter quelques anciennes lectures afin de lever toute ambiguité.

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