Seba, le blog de Teham Éditions

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jeudi 20 avril 2017

UNE CARACTÉRISTIQUE DE LA LITTÉRATURE AFRICAINE

Seydou Badian dans son roman « Sous l’orage » (Présence Africaine 1972) aborde plusieurs thématiques satellites de la thématique principale ; le mariage forcé. On y lit le rapport entre l’ancien et le nouveau : une confrontation directe entre les générations de l’école traditionnelle et celles du système éducatif colonial. Un choc systémique qui laissent néanmoins des brèches, mises en évidences par des protagonistes, qui ont été aux deux écoles ou qui ont compris la nécessite de s’adapter au contexte présent, en prenant le meilleur du vieux et du neuf. En plus des thématiques traitées, « Sous l’orage » de Seydou Badian est parsemé de plusieurs phrases courtes de porté générale, qui viennent nourrir sa valeur morale. Qualifiées de proverbe, de sagesse, d’enseignement, de maxime… Et très souvent tournées en dérisions, ces phrases s’inscrivent tout à fait dans le genre moral, une caractéristique perceptible et récurrente de la longue tradition littéraire africaine.

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lundi 10 avril 2017

Anthony William Amo (1703-1758) et Jacobus Elisa Johannes Capitein (1717-1747) : deux intellectuels africains dans l'Europe des Lumières

Tout comme son compatriote et contemporain Anthony William Amo, la figure de Jacobus Elisa Johannes Capitein est trop peu connue dans le grand public, et même parmi les intellectuels, en Afrique. Pourtant, l’histoire et l’œuvre de cet érudit africain, au siècle des Lumières ne manquent pas d’intérêt. Né comme Amo sur la côte de l’actuel Ghana, en pays Fanti, Capitein effectuera de brillantes études universitaires en Europe, couronnées par un doctorat en Théologie obtenu en Mars 1742, à l’université de Leyde, en Hollande. Mais là s’arrêtent aussi leurs points de convergence. 

Alors que la thèse de doctorat du premier traitait « Du Droit des Noirs en Europe » (De Jure Maurorum in Europa) celle du second porte en latin le titre suivant : « Dissertatio Politico-Theologica De Servitude, Libertati Christianae Non Contraria ». Ce qui signifie : « Dissertation théologico-politique au sujet de la servitude, laquelle n’est pas contraire à la liberté chrétienne ». Le point central de cette thèse est, en fait, de soutenir que l’esclavage des Nègres est compatible avec le christianisme. Afin de mener à bien sa mission d’évangélisation et de représentation de la West Indies Company (WIC), alors activement engagée dans la traite négrière, Capitein est aussitôt ordonné prêtre en Mai 1742, puis renvoyé comme missionnaire à Elmina, au Ghana, en juillet de la même année. Ancien esclave affranchi, il va donc passer le restant de sa vie à défendre le système qui l’avait privé de sa liberté, en niant son humanité. Il meurt prématurément en 1747, dans des circonstances non élucidées, l’année même du retour de son compatriote Amo en Afrique.

La vie et l’œuvre de ces deux érudits africains du siècle des lumières européennes nous offrent deux paradigmes intéressants à l’intérieur desquels pourraient se reconnaître un grand nombre d’intellectuels africains de la période coloniale et postcoloniale. D’où l’intérêt de les revisiter aujourd’hui… 

Yoporeka Somet

Bibliographie :

Kwesi Kwaa Prah, Jacobus Eliza Johannes Capitein, 1717-1747 : Etude critique d'un Africain du XVIIIe siècle, Présence Africaine, Paris, 2005

Anthony William Amo, sa vie et son oeuvre, présentation de Yoporeka Somet, Teham Éditions, Le Plessis Trévise, 2016

jeudi 6 avril 2017

Cinq mille ans d'expérience littéraire

Les curiosités autour des lettres africaines poussent parfois à se refaire les idées. J'ai ressorti le premier livre de Yoporeka Somet. Il parle de l'amour de la sagesse africaine pharaonique : le droit, la morale, la création de toutes les choses qui existent, l'art, et la littérature. C'est quand même 35 siècles d'expériences littéraires sans discontinuité avec de grands textes sur la foi, la sexualité, l'amour, l'imaginaire, la vie sociale très souvent étouffés par deux cent ans de complaintes et de revendications focalisées d'abord sur l'esclavage, puis la colonisation et maintenant l'immigration et le terrorisme. Lire ce livre de Yoporeka Somet est une manière de prendre le large. Il est bon pédagogue, il écrit ce qu'il pense avec simplicité et sérénité. Voilà ! Les enseignements de Kagemni il y a cinq mille ans, dans le genre moral ce qui nous parvient sous le nom de sagesse ou proverbe africain : « Si tu es sage, garde ta maison; aime ta femme sans ménage. Remplis son ventre, habille son dos; ce sont les soins à donner à son corps. Caresse-la, remplis ses désirs, le temps de ton existence... Ne soit pas brutal; les ménagements la conduisent mieux que la force... C'est ce qui la fixe dans ta maison... »

Yoporeka Somet, « L’Afrique dans la philosophie, Introduction à la philosophie africaine pharaonique », Khepera, Paris 2005

Il donnera une conférence ce dimanche sur Anthony William Amo (1703-1758) et Jacobus Elisa Johannes Capitein (1717-1747) : deux figures africaines qui apportent un éclairage sur le parcours de l'intellectuel africain d'aujourd'hui.

Cette conférence sera suivie de la présentation et dédicace du livre « Anthony William Amo : sa vie et son œuvre ».

Dimanche 9 avril 2017 à 15h-19h - 19, rue du Chalet 75010 Paris
Interphone : Tamery - Tél. : 06 10 82 29 18
Métro 2 et 11 Belleville - Participation : 10 €

Préparez la conférence avec le livre sur Amo... www.tehameditions.com/9791090147201

mercredi 22 mars 2017

QU’EST QU’UN BON ÉCRIVAIN ?

Il est vraiment constant Ousmane Sembène dans le choix de sa cause : dénoncé l’injustice. Ici c’est le drame qui s’abat sur Diaw Falla. Un drame qui le mène tout droit à la prison pour les jours qu’ils lui restent à vivre. Un drame qui provoque le décès prématuré de sa mère, conduit sa femme à la prostitution, à l’alcoolisme et met en péril l’avenir de son fils né après son incarcération.

Dans son roman « Le docker noir », Ousmane Sembène nous donne les ingrédients qui collent avec le regard qu’il porte sur l’écrivain. D’ailleurs, il nous dit ce qu’est un bon écrivain par la voix de Pipo un frère de Diaw : « Tu aspires à devenir un écrivain ? Tu n’en seras jamais un bon, tant que tu ne défendras pas une cause. Vois-tu un écrivain doit aller de l’avant, voir les choses dans la réalité, ne point avoir peur de ses idées. » p.149

Lire Ousmane Sembène, Le docker noir, Présence Africaine, 1973 🇸🇳👌

jeudi 16 février 2017

Les colombes de Soweto

Soweto, le 16 juin 1976, des jeunes élèves décident de s'émanciper de la domination raciale imposée par le régime de Pretoria. Munis seulement de leur chant, ils s'expriment dans la rue contre la loi décrétant l'usage de l'afrikaans comme langue d'enseignement dans les écoles noires. Dans un contexte d'apartheid, les manifestants vont être réprimés par une armée raciste et meurtrière. 

Cette pièce à la volonté de garder en mémoire ce souvenir indélébile de la longue marche des Sud-Africains vers la liberté. 

lundi 10 octobre 2016

Celestin Lingo, La Paix, dis-moi ton nom

« J'écris, Je dis » est un cours d'écriture dont j'assure l'organisation pour la quatrième année consécutive. Cette année il a encore tenu ses promesses. Les participants venant de tous les horizons se sont rencontrés autour de la Paix pour la clôture. C'était hier, dimanche 9 octobre 2016.

Un texte sélectionné par le jury a particulièrement retenu mon attention. Celui d'une personne qui a expérimenté la Paix. Son état de santé ne lui a pas permis de se rendre à la rencontre de clôture et il m'a transmis ce message à partager : « Je voulais être présent à cette rencontre pour deux raisons ; 1)servir de passation de témoin, 2) féliciter Teham Editions pour cette formule nouvelle d'édition qui permet à plusieurs personnes d'exprimer leur opinion dans un même document durable. Voilà les véritables raisons de ma contribution à cette reflexion multipolaire. Celestin Lingo, Neuilly sur Marne (France), 9/10/2016 ».

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mardi 4 octobre 2016

EMMANUEL MATATEYOU, il nous donne du rêve

J'ai saisi l'occasion vendredi dernier, 30 septembre 2016, de la rencontre dédicace d’Emmanuel Matateyou autour de son roman « La mer des roseaux »  pour partager mon expérience avec l’auteur et le public. C’est un livre publié en 2014 par l’équipe éditoriale que j’anime.

Voici ce que j’ai dit :

« La mer des roseaux », c'est un livre, je l'ai lu comme un livre à plusieurs facettes. Au contraire de l'indication « roman » qui est écrite sur la couverture pour guider le lecteur, c'est un livre qui porte plusieurs genres littéraires : le conte, le genre moral, le fantastique... Ces genres s'appuient sur un prétexte. Le voyage de deux amis qui mène à la découverte des espaces de convivialité où « le dire et le délire se côtoient en harmonie »; des lieux géographiques, villes et places de villes.

L’histoire : Obama et Njoya sont deux amis qui reviennent de la célébration des funérailles du grand-père de l'épouse de Njoya. Au retour, il emprunte la Toyota Hiace de Hombre, qui fait pour ce jour, la route entre Foumban et Ongola. Le prétexte de ce voyage va nous plonger dans l'univers des transports en commun, il va aussi nous facilité l'accès au vécu de plusieurs peuples dans leurs interdépendances; de la région de l'ouest, du sud et du nord du Cameroun. Ce prétexte va nous offrir un regard sur le tribalisme, sur le la défense de la condition de la femme, les intrigues du jeu politique, les faits de société que nous vivons au quotidien sans pour autant prendre du recul, les saisir et les comprendre dans la continuité d'un processus culturel et historique. 

Dans ce livre, l'ancien et le nouveau se côtoient, les âges se côtoient, l'épopée de mvet d'Eyi Mon Ndon se frotte à l'actualité politique récente. Le mystère et la froide réalité des pandémies se cotoient aussi. La chronique animalière vient à travers un personnage emprunté à l'auteur Patrice Nganang, le chien Mboudjack qui parle. Ce dernier renforce la part de mystère qu'il y a dans l'oeuvre. 

Parce que l'auteur à la facilité de restituer ce qu'il observe, dont de faire parler ses personnages comme les gens parlent dans la vie de tous les jours, c'est un livre qui nous permet de fixer un certain nombre d'expressions du vocabulaire courant. Il a la capacité de mettre en image des mots que nous employons sans avoir les repères écrits pour les définir. 

A côté de ces possibilités de lectures, il y a des personnages qui nous sont familières; malam Titawah, le guérisseur capable de soigner la maladie des quatre lettres. La jeune normalienne, belle et intelligente qui va dévier de son parcours à cause des choses du corps. La vendeuse qui propose de quoi se rafraîchir aux passagers de Hombré pendant la pause. A tous ces personnages, le narrateur donne la parole et chacun partage son expérience de vie et nourrit ainsi la nôtre.

Et l'auteur de réagir : « C'est le rêve là... voilà ! Je vous invite à rêver. C'est le bonheur que je vous donne, de partager ces moments que vous n'avez plus, quand vous êtes dans une civilisation de béton, alors là vous pouvez au moins visiter Makénéné à travers mon oeuvre. Ça c'est le rêve, que je vous donne »

Teham Wakam

mardi 27 septembre 2016

UNE EXPÉRIENCE AU VILLAGE

Abbe Ngayihi  a dit : « Je ne suis pas un chanteur, c’est pour cette raison que j’aime bien accompagner mes albums de texte qui dit l’esprit de chaque titre »

À l’origine, il y a une idée qui se matérialise d’abord par le texte et ensuite la musique. C’est ainsi que j’ai reçu le nouvel album d’Abbe Ngayihi. Un condensé de culture Ekang qui emprunte les chemins des sens pour nourrir nos émotions et celui du cœur pour toucher les choses de l’esprit.

Abbe à bien fait et il est content. Moi aussi. Cela lui a pris du temps, un temps long et le résultat est là. Dix titres qu’on apprécie dans toutes les circonstances, du réveil à la fin de la journée : le son est bon.

Achetez l’album, lisez le livret, écoutez la musique et partagez votre expérience.

Voici la mienne :

La première fois que j’ai vu l’album, mon attention a tout de suite été retenue par les illustrations.  Des traits de crayons qui donnent les contours des musiciens qui y ont joué, et enjolivent la pochette, le CD et le livret qui vont ensemble. J’ai ensuite lu le contenu du livret et enfin je me suis mis à l’écoute.

Chaque titre de l’album à une saveur singulière, qui mis bout à bout, reconstruit un parcours et raconte une histoire, celui du retour au village, des retrouvailles avec ses racines : « Owé me mà yén atàn !! (Oui j’ai revu le village !!) / Retrouver ce chemin de terre / Respirer ces senteurs » Atàn [Titre 1 – 8mn19’’]

Un retour au village nous plonge dans l’enfance, car « Chacun de nous a gravé dans son cœur / Un souvenir, tout petit, hérité de son enfance / Un cadeau qui de temps en temps refait surface » Ikom a mbass [Titre 2 : 7mn00’’] 

Un retour au village qui remet dans notre mémoire ce que nous sommes ; « les Mvog namni, querelleurs, bagarreurs, impétueux, courageux, facétieux, tenaces, festoyeurs » Mvog Namni [Titre 3 – 5mn42’’]. Il nous rappelle également que nous sommes d’abord enfants d’Afrique, bantous, Béti, Eton, Ewondo et fiers de l’être : « Bî bongo Ewondo / Bî bongo Béti / Bî a djem Bikutsi » Bongo Ewondo [Titre 5 – 4mn40’’].

Abbé interroge ce peuple qui est le sien et également le nôtre : sur le mensonge, « Alors cesse tes mensonges, mon amour / Je t’aime et c’est pour la vie, mon amour » Minal mi [Titre 4 – 5mn09] ; sur la paix, par « La voix de la princesse Amand’la / La voix d’une princesse éprise de paix / La voix d’une fée bénissant sa terre : L’Afrique » Amand’la [Titre 6 – 5mn34’’ ] ; sur la vengeance, « Tu es entrée dans ma vie ma chérie / Et tes amants aussi t’ont suivi ma chérie / Encore ce coup de bambou /… / Je t’ai accueilli comme je te banni aujourd’hui / Et il est pour toi cette fois, le coup de bambou » Bambou [Titre 7 – 4mn20’’] ; sur l’alcoolisme avec le personnage de Ndjana qui aime vraiment l’odontol mais n’est pas soûlard, « Surtout celui du matin qui te réchauffe bien / Et puis celui de sept heures trente, il est bon celui-là ! / Et celui de huit heures aussi… / Même celui d’après… / Et puis celui d’après encore…  » Ndjana [Titre 8 – 5mn02’’] ; sur la condition de l’homme, un homme qui disparaît et laisse place à un corps sans âme, des numéros, « Pitié ! Pitié ! J’ai une âme / Je suis vivant ! Je suis humain ! / Plutôt qu’un chiffre / Ou un nombre / Mettez un visage… / Juste un visage… Pour plus d’humanité. » Ledger [Titre 9 – 8mn17’’].

Abbe nous oblige avec cet album rythmé et harmonieux, à reconsidérer nos parcours et à envisager de nouvelles expériences. Surtout, il ne manque pas de le dire en mot et en musique : « Au commencement une idée, comme un souffle / Puis ce souffle grandi comme une nécessité, une urgence / Et l’idée s’échappe, de cette âme vers l’âme voisine / Un unisson envers et contre tous / Il faut transmettre l’idée, convaincre, une nécessite disais-je / La voilà qui prend vie s’envole, comme une épidémie » Pompol [Titre 10 – 4mn53’’]

Lisez et écoutez le message du village, Atàn

Atàn, Abbe Ngayihi, Jazz Ants 2015

Avec :

Abbe Ngayihi (Piano, Composition, Arrangements), Terrence Ngassa (Trompette), Jean-Baptiste Tarot (Saxophone Alto), Jean-Jacques Elangue (Saxophone Tenor), Pierrick Biffot (Basse Electrique), Jean-Baptiste André (Contrebasse), Guy Nwogang (Batterie), Ronan Despres (Batterie), Mickaël Jamier (Batterie)

Contact booking : +33 (0)6 67 70 05 65 / Email : booking@jazzants.com

samedi 16 juillet 2016

Amo, l'Africain de Guinée


En mars 1724, la loi touchant l'État et la Discipline des esclaves nègres de la Louisiane est édité par LOUIS, Roi de France et de Navarre. En novembre 1729, AMO, l'Africain de Guinée défend à l'Université de Halle (Allemagne), sa première thèse intitulée « Sur le droit des Noirs en Europe ». L'oeuvre d'Amo sera disponible à partir du 27 juillet 2016.http://www.tehameditions.com/9791090147201

jeudi 2 juin 2016

ZE BELINGA PRESCRIT L'UBUNTU

Notre situation d'entremetteur entre le livre et le lecteur, nous offre au fil des rencontres de multiples occasions d'apprendre des autres et d'être éclairé sur ce que nous pouvons mettre dans le pot commun. Certaines idées, certaines informations qui nous paraissent parfois évidentes, semblent d'une relative évidence pour les uns ou même une trouvaille pour d'autres.

L'objet de la discussion aujourd'hui c'est la nécessité de parler de la colonisation et de ses avatars, à une époque où les nouvelles se donnent à la vitesse de la lumière. Quelle distanciation peut-on avoir sur cette parenthèse historique ? Est-ce que ce passé qui forge notre présent mérite qu'on s'y attarde ? Ou encore, la question a-t-elle été suffisamment étudiée pour qu'on passe à autre chose ?

Pour enrichir la discussion, je fais appel au sociologue et économiste Ze Belinga avec son « Discours sur le colonialisme après la colonie » (Teham Éditions 2012).

Au commencement de ce livre, il rend un réel hommage à Ruben Um Nyobè; un homme vertueux et studieux, un « combattant armé de droit, d'éducation, de conviction ». Ensuite, il démarre sa réflexion en disant ceci : « Y aurait-il un bon moment pour prendre la parole au sujet vaste, sinon inépuisable, de la conjoncture politique africaine vue sous le prisme privilégié de la souveraineté des peuples ? On pourrait objecter qu'une opportunité n'en vaut pas plus qu'une autre, l'urgence frappant à toutes les portes, à tous les carreaux, au creux de tant de mains mutilées. Alors pourquoi se presserait-on de discourir sur le colonial après la colonie ? » (p.15) Et, c'est « porté sur l'arche césairien » qu'il explore « le colonial après la colonie » : l'accusation, la réfutation, les responsabilités, la facture, le mode opératoire, etc. En effet, pour Ze « Discourir sur le colonial, c'est nécessairement, porté sur l'arche césairien, ne pas céder à la couardise, aux flagorneries qui caressent l'orgueil à fleur de peau des possédants, aux bruyantes platitudes qui tissent le sens commun, les convenances élitaires » (p.131).

Il termine sa prise de parole par « l'éthique ubuntu l'antinutriment du colonial » : Nous sommes ce que nous sommes car ils sont ce qu'ils sont.

Lire Ze Belinga, « In-dépendances », Discours sur le colonialisme après la colonie, Teham Editions 2012, 144 pages.

mercredi 18 mai 2016

SAMB ET SON NOUVEAU VISAGE

Je connaissais l'écrivain sénégalais Mamadou Samb en tant que romancier, pour ses romans « L'écharpe des jumelles » (2013) et « Les larmes de la reine » (2015). Cette année je le découvre en tant que dramaturge et comédien. En effet, Papa Mbar Faye nous apprend dans la préface du nouveau livre de Samb ceci : « L'auteur n'est pas en terrain inconnu du fait qu'il est un ancien étudiant de l'École normale William Ponty. Dans ce creuset intellectuel et artistique, Mamadou Samb participait à la vie active non seulement en montant des pièces de théâtre dans le cadre du club culturel de l'établissement, mais il figurait aussi parmi les acteurs principaux qui jouaient les pièces de théâtre lors des fêtes de fin d'année ». D'ailleurs, Mamadou Samb commence « Le sang de Fanta » par un hommage à Thierno Bâ dont il fait « partie de ses anciens élèves à qui il a donné le goût du théâtre et de la littérature ».

« Le sang de Fanta » est la première pièce de théâtre que Mamadou Samb publie. C'est une adaptation de son roman « Le regard de l'aveugle » (2008), Grand Prix des lycéens du Sénégal 2011.


Lire Mamadou Samb, « Le sang de Fanta », Teham Editions, Plessis Trévise 2016

Par Teham Wakam 

vendredi 13 mai 2016

LE RECIT D’UNE VIE SOMBRE

Joseph Diouf tue le responsable de la mort de son frère et est incarcéré pendant 25 ans. Pendant son séjour, il fait la connaissance de Mamadou Sarre avec qui il partage une partie de sa vie. En 2042, à sa sortie de prison, il part en France pour soigner une prostate qui l’affaibli depuis plusieurs année. C’est seul, installé dans un parc de la capitale française que « Jo » comme le nomme son amant Mamadou surnommé « Ching » qu’il refait le film de sa vie.

Khadi Hane par la voix de « Jo » le narrateur nous fait découvrir quelques perles : Joseph Diouf miné par ses pensées morbides et sa relation sécrète avec Ching. Patrick Diouf, le syndicalisme qui dénonce tout ; le chinois envahisseur, l’inertie des responsables politiques dakarois… Catherine Diouf, la mère célibataire enfermée dans son silence depuis le départ de son mari. Wong le chinois présumé assassin et responsable de tous les maux. 
L’auteur fait également une anticipation sur l’avenir et nous fait découvrir un Dakar des années 2040 où la présence du Chinois et la pauvreté poussent de plus en plus les autochtones à s’exiler dans les campagnes pour espérer une vie meilleure.

Lire le roman « Demain, si Dieu le veut » de Khadi Hane, Éditions Joelle Losfeld, Paris 2015

mercredi 20 avril 2016

Thriller judiciaire au village par Monica Nkodo

Dans sa pièce « Le revers de la haine », Wakeu Fogaing s’immisce dans les coulisses d’un procès au sein de la société traditionnelle de l’Ouest.

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jeudi 24 mars 2016

AFROTOPIA, un livre qui aiguise la curiosité

book haul #Afrotopia

Lire Felwine Sarr, Afrotopia (Philippe Rey, 10 mars 2016) surprend par la manière inattendue avec laquelle l'auteur partage ses idées sur les thématiques traitées. Au fil des pages le doute s'installe chez le lecteur. Et, à l'issue des 155 pages, on est suffisament perplexe pour être obligé de consulter quelques anciennes lectures afin de lever toute ambiguité.

lundi 14 mars 2016

À CLICHY, une initiative superbe

Convivial, joyeux et enrichissant, voilà quelques mots pour qualifier le Salon du livre Jeunesse Afro-Caribéen qui a eu lieu du 11 au 13 mars 2016 à Clichy (92 - France). Pour cette 5e édition, L’Association d’Un Livre à L’Autre portée par Fatou Nianghané, nous a offert l’occasion de se rapprocher un peu plus.

Des histoires qui nous parlent, des personnages auxquels on s’identifie naturellement dans des livres agréables à lire pour les jeunes et les moins jeunes.

Des ingrédients classiques, garde–fou pour toute désorientation ; contes d’Afrique noire, contes Créole, contes Arabe…

Des activités variées pour s’ouvrir à d’autres horizons : ateliers d’illustrations, découverte des hiéroglyphes…

Et bien sûr, en marge des bonnes choses pour le bien de l’esprit, celles qui nourrissent le corps. Les standards ; Yassa, Thieb, Maffé, Bissap, Gingimbre…

C’est ce que nous avons vu, parcouru et dégusté chez les différents exposants. Tout ça orchestré par des bénévoles accueillants et d’une bonne humeur inébranlable. Malgré l’émotion intense liée à l’organisation.

En savoir plus sur l’association et ses activités https://assodunlivrealautre.wordpress.com

(c) Photo Les Etoiles Noires

vendredi 4 mars 2016

LES BOUTS DE BOIS DE DIEU, la vie dans la colonie


UN AUTEUR QUI MARQUE SON TEMPS

D'avril à novembre 1922, la France fait à Marseille, la démonstration de la richesse de sa mission civilisatrice, grâce à l'Exposition coloniale. La deuxième du genre dans la plus ancienne ville du pays des Lumières. Moins de deux mois après cette mise en situation spectaculaire, Ousmane Sembène naît, le 1er janvier 1923 à Ziguinchor, dans la Casamance (Sénégal). 

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mardi 9 février 2016

TOUTANKHAMON, une tragédie impressionnante

Nous avons eu l’occasion de rencontrer l’homme détendu et soigné, lors d’une rencontre dédicace en fin d’année 2015, en France, dans la région parisienne. 

Pour mon exemplaire, ce fut une dédicace qui m’a poussé à me plonger sans patience dans le nouveau livre de Kama Sywor Kamanda, « Toutankhamon » : « Cette tragédie africaine pour alimenter le présent avec la richesse du passé ». Une phrase qui colle parfaitement avec d’autres qui offrent des perspectives nouvelles : « Le retour à l'Egypte dans tous les domaines est la condition nécessaire pour réconcilier les civilisations africaines avec l'histoire, pour pouvoir bâtir un corps des sciences humaines modernes, pour rénover la culture africaine. » p12 Civilisation ou barbarie de Cheikh Anta Diop, Présence Africaine, Paris 1981.

C’est donc ouvert à de nouvelles perspectives que j’attaque le prologue de cette mise en scène de l’histoire de Toutankhamon. Un prologue qui donne tout de suite les billes pour entrer avec aisance dans la pièce de théâtre en cinq actes sur 337 pages.

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samedi 2 janvier 2016

IL NOUS FAIT CONFIANCE


L'auteur (l'air sérieux mais détendu ) : Je m'appelle Wakeu Fogaing. Je suis comédien, metteur en scène et auteur. J'écris depuis 1987. J'ai commencé par la poésie et finalement je me suis senti à l'aise au théâtre plus que partout ailleurs. En 1993, je crée la compagnie Feugham à Bafoussam (Cameroun) pour donner à voir du théâtre professionnel. Vingt et deux ans après, la ville n'a toujours pas d'autres compagnies. J'ouvre les veines du temps avec le spectacle pour que l'ennuie ne prend pas corps en ceux qui pensent qu'on a le droit de dire.

Wakeu Fogaing, « Le revers de la haine », théâtre, 27 janvier 2016, 86 pages, 8 € - www.tehameditions.com/9791090147171

(c) Photo Prosper Mekem (Perez)

lundi 21 décembre 2015

KAMTIOU, le nouveau Kemty de Biyong Djehuty


Il s'agit du dernier Kemty sortie chez Djehuty Graphics le 17 décembre 2015. Nous avons eu l'occasion de rencontrer l'auteur lors du Marché de Noel Africain qui s'est tenu le samedi 19 décembre 2015 dans le 13e arrondissement de Paris (France). Une opportunité de se rendre compte de la joie et la bonne humeur avec laquelle il parle de ses différentes créations. Celui que nous allons lire venant en sixième position après : Chaka, L'enfant d'un roi; Maafa; Isis et Osiris; Soundjata, La bataille de Kirina; Kama, Il était une fois en Afrique.

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lundi 14 décembre 2015

UN CHOIX PAR HASARD POUR UNE PROSE AGRÉABLE

UN CHOIX PAR HASARD
La foire du livre de Dakar est une belle occasion de rencontres et de découvertes. Pour nous, c'est sur le stand des éditions Nara que la découverte a eu lieu. A la suite d'un bref échange avec l'éditrice de la jeune maison d'édition, un livre avec une couverture marquée par une contradiction saisissante a accroché mon attention. Un titre guerrier qui se pose sur le haut d'une illustration mettant en scène un homme et une femme debout, s'échangeant des regards affectueux dans un long couloir semblable à ceux que l'on retrouve dans les centres pénitenciers. La quatrième de couverture nous fournit des éléments supplémentaires sur la prose de Youssou Diop. Elle nous dit qu'il y a Abib Sylla qui a choisi un métier lui permettant de « veiller et participer au respect scrupuleux de la justice ». Elle nous dit également qu'il y a Maty Ndiaye qui est une « surveillante de l'administration pénitentiaire ». Elle nous dit enfin que Maty et Abib se rencontrent de « façon fortuite » sur le lieu de travail d'Abib. La couleur est annoncée... 

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