Près de 4 siècles après, son enseignement nous parle avec acuité. Comme ceux de Kagemni des millénaires plus tôt ou ceux d'Ahmadou Bamba plus proche de nous, il s'impose dans notre quotidien et nous donne des billes pour rester stable face au désordre ambiant.
Frederick Douglass nous apprend dans ses mémoires que la lecture lui a permis de mettre des mots sur des idées furtives. Des pensées qui à peine avoir effleuré son esprit disparaissent aussi vite qu'une étoile filante. Ainsi, lire lui a donné les moyens de structurer ses pensées et de mieux développer ses réflexions sur son sujet phare : l'abolition de l'esclavage.
Pour sa part, René Descartes, retenu en Allemagne par un hiver rude pendant la guerre de  trente ans, va entrer en discussion avec ses pensées. De longue journée de réflexion et de méditation vont lui permettre d'exprimer ses idées de manière synthétique en les rassemblant dans une formulation claire, précise et accessible à tous.
Hormis les considérations d'ordre philosophique et métaphysique, il est impossible de passer à côté des préceptes énoncés dans son « Discours de la méthode ». Quatre propositions limpides à destination aussi bien du savant que de l'apprenant, qui ne souffre d'aucun défaut de netteté. Quatre outils pratiques à la portée de quiconque fait leur rencontre.
Voici :
« Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je la connusse évidemment être telle : c'est-à-dire, d'éviter soigneusement la précipitation et la prévention; et de ne comprendre rien de plus en mes jugements, que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute.
Le second, de diviser chacune des difficultés que j'examinerais en autant de parcelles qu'il se pourrait, et qu'il serait requis pour les mieux résoudre.
Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu comme par degrés jusques à la connaissance des plus composés; et supposant même de l'ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres.
Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers, et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre. »
Ainsi donc, lire Descartes nous conduit à la structuration de nos actions, à l'efficacité.

René Descartes, Discours de la méthode, Gallimard, folio essais, 1997