Notre situation d'entremetteur entre le livre et le lecteur, nous offre au fil des rencontres de multiples occasions d'apprendre des autres et d'être éclairé sur ce que nous pouvons mettre dans le pot commun. Certaines idées, certaines informations qui nous paraissent parfois évidentes, semblent d'une relative évidence pour les uns ou même une trouvaille pour d'autres.

L'objet de la discussion aujourd'hui c'est la nécessité de parler de la colonisation et de ses avatars, à une époque où les nouvelles se donnent à la vitesse de la lumière. Quelle distanciation peut-on avoir sur cette parenthèse historique ? Est-ce que ce passé qui forge notre présent mérite qu'on s'y attarde ? Ou encore, la question a-t-elle été suffisamment étudiée pour qu'on passe à autre chose ?

Pour enrichir la discussion, je fais appel au sociologue et économiste Ze Belinga avec son « Discours sur le colonialisme après la colonie » (Teham Éditions 2012).

Au commencement de ce livre, il rend un réel hommage à Ruben Um Nyobè; un homme vertueux et studieux, un « combattant armé de droit, d'éducation, de conviction ». Ensuite, il démarre sa réflexion en disant ceci : « Y aurait-il un bon moment pour prendre la parole au sujet vaste, sinon inépuisable, de la conjoncture politique africaine vue sous le prisme privilégié de la souveraineté des peuples ? On pourrait objecter qu'une opportunité n'en vaut pas plus qu'une autre, l'urgence frappant à toutes les portes, à tous les carreaux, au creux de tant de mains mutilées. Alors pourquoi se presserait-on de discourir sur le colonial après la colonie ? » (p.15) Et, c'est « porté sur l'arche césairien » qu'il explore « le colonial après la colonie » : l'accusation, la réfutation, les responsabilités, la facture, le mode opératoire, etc. En effet, pour Ze « Discourir sur le colonial, c'est nécessairement, porté sur l'arche césairien, ne pas céder à la couardise, aux flagorneries qui caressent l'orgueil à fleur de peau des possédants, aux bruyantes platitudes qui tissent le sens commun, les convenances élitaires » (p.131).

Il termine sa prise de parole par « l'éthique ubuntu l'antinutriment du colonial » : Nous sommes ce que nous sommes car ils sont ce qu'ils sont.

Lire Ze Belinga, « In-dépendances », Discours sur le colonialisme après la colonie, Teham Editions 2012, 144 pages.