Pour bien saisir la longévité de la pratique de ce genre, il faut se référer à Yoporeka Somet dans « L’Afrique de la philosophie, Introduction à la philosophie africaine de la période pharaonique » (Paris, Khepera, 2005) ou il dit ceci : « Dans la littérature égyptienne, le genre moral renvoie, comme on l’a vu précédemment, à une série de textes didactiques qui prennent la forme et même souvent le titre d’enseignements, de sagesses, d’instructions et de maximes. Il en est ainsi des Maximes de Ptahhotep et de l’Enseignement de Kagemni, qui constituent ce qu’on a appelé "le plus ancien livre du monde". Il en est de même du Papyrus de Boulaq n°4, dont le titre complet est : Instructions de Khonsu-hotep à son fils Ani. ». Il s’agit là des textes dont l’écriture remonte à environ à 4500 ans, que nous pouvons bien sûr lire grâce à Philippe Virey dans « Etudes sur le Papyrus Prisse : le livre de Kaqimna et les leçons de Ptahhotep » (Paris, F. Vieweg, 1887).

Plus proche de nous avec « Sous l’orage », soixante ans avant aujourd’hui donc, Seydou Badian restitue une parcelle de ce qui lui est parvenu. Un acquis à partager, à user sans aucune modération. Il fait partie de notre bien commun et du legs des anciens. D’ailleurs le narrateur de Babian introduit ces instructions par « Nos pères disaient ».

Voici donc :

« L’homme n’est rien sans les hommes, il vient dans leur main et s’en va dans leur main » p 27

« J’ai plus peur de celui qui me respecte que de celui que me menace. » p36-37

« La panthère a ses tâches au dehors, l’homme à les sienne au-dedans » p.38

« De la racine à la feuille la sève monte et ne s’arrête pas » p.38,181

« La langue et les dents appelées à cohabiter toute une vie se querelles. » p.38

« C’est à force de réfléchir que la vieille femme transforme le mil en bière » p.39

« On ne peut en se poussant dépasser le mur. » p.39

« Quand le feu gagne la forêt, l’animal court vers la rivière » p.46

« Le séjour dans l’eau ne transforme pas un tronc d’arbre en crocodile. » p.56, 125

« Celui qui est sur le dos de l’éléphant ne doit pas craindre la rosée. » p.127

« Le jeune qui a parcouru cent villages est l’égal du vieux qui a vécu cent années. » p.128

« Il est dans l’ordre des choses que la fille qui nage bien soit donnée à un bon piroguier » p. 151

« Lorsqu’on à chaud à chaud dans sa case, on peut faire une ouverture au mur, mais lorsqu’on a chaud dans la case du voisin, on n’a plus qu’à aller dormir sous un arbre. » p.181

« La maison n’est belle que lorsque chacun y reconnaît sa part de labeur. » p. 181

« Sous l’orage » a été écrit en 1954 à Montpellier en France et Seydou Badian Kouyaté est né en 1928 à Bamako. Il est notamment l’auteur de l’hymne national du Mali. « Pour l'Afrique et pour toi, Mali »