J’ai Dior dans la tête, une jeune femme qui habite rond point Sacré Cœur à Dakar. À force de lire et relire son histoire, vérifier que chaque virgule est à sa place, qu’il ne manque pas une lettre quelque part, qu’il y a vraiment de quoi se mettre sous la dent, cette fille d’une haute personnalité d’une institution occidentale n’arrête pas d’occuper mes pensées. 

Donc je me suis réveillé avec les pleurs de Dior, une femme écartelée par l’envie de quitter un homme noyé dans la drogue et l’amour qu’elle éprouve pour lui. Son énergumène de mari comme elle l’appelle l’a fait tellement souffrir. Que de promesses non tenues : promesse d’une vie meilleure, d’arrêter avec la drogue, de s’occuper des enfants…

Elle qui jeune fille rêvait d’une vie conjugale de reine paisible, avec un mari aimant de plus en plus chaque jour. Mince alors ! Voilà qu’elle se bat avec elle-même au quotidien. Des batailles intérieures qui nous livrent les meilleurs ingrédients d’un roman psychologique et qui se terminent toujours par des tsunamis de larmes : 

« Je pleurais devant cet individu que je ne reconnaissais plus, devant cette créature qui prenait les formes d’un monstre prêt à sauter sur sa proie docile et résignée. » p. 28

« Après plusieurs tentatives toutes vaines, je me résignai et allai me réfugier tout en pleurs au fond du lit. » p. 30

« Mes larmes coulèrent à flots. Mon coeur était brisé, mon âme prisonnière, mes jambes cassées. Mon esprit venait d’entrer dans une sorte de prison. » p. 35

« Sans être sûre de ce que je redoutais, je recommençai à pleurer comme une enfant. Ma vie allait changer une nouvelle fois. Et une multitude de questions pullulaient dans ma tête. » p 41

« À l’idée que je ne m’étais pas encore libérée des griffes de cet énergumène, je recommençai à pleurer, pleurer à chaudes larmes, pleurer à la pensée d’un avenir incertain, pleurer de devoir rester pour ma vie entière auprès de ce drogué. » p 51

« Pas un seul mot ne pouvait sortir de ma bouche desséchée comme un puits tari. Seules de grosses et chaudes larmes sortirent de mes yeux. Je pleurai ainsi, assise sur un coin du lit. Chaque fois que je regardais mon enfant, celui pour qui j’envisageais un bon avenir, le flot de mes larmes redoublait d’intensité. » p 64

« Au retour, je m’enfermai rapidement dans ma chambre et pleurai pendant longtemps. Mais les larmes pouvaient certes soulager un coeur, mais ne pourraient jamais laver les souillures d’un corps. » p 145

Si vous cherchez une pleureuse pour votre deuil, Dior semble avoir l’expérience requise. Retrouvez là dans L’espoir d’une vie heureuse, le premier roman de Cheikhna Diop.

Lire Cheikhna Diop, L’espoir d’une vie heureuse, Teham Éditions, 2017