Juletane est née dans une île de la Caraïbe. Très jeune, elle s’installe à Paris avec sa marraine, à la suite du décès de ses parents. Elle fait la connaissance de Mamadou un étudiant venu d’Afrique pour faire ses études. Les deux se fréquentent régulièrement se marient et décident d’aller vivre en Afrique. Jusque là tout se passe bien. Nous sommes au début des années 60, le voyage vers l’Afrique se fait en bateau. C’est pendant ce voyage qu’une amie de la famille de Mamadou va aiguiser la curiosité de Juletane. Le gars avant de partir en France, il y a cinq ans de cela, s’était marié avec Awa une cousine du village. Lâcheté ; il n’a pas eu le courage de le dire avant son mariage à Paris. C’est ici que commence une nouvelle vie pour Juletane, qui va se retrouver dans une situation inimaginable pour elle. Elle qui rêvait d’un mari qui la chérirait, dont elle serait au centre de toutes ses préoccupations. La voilà deuxième épouse d’un mari incapable de lui avouer la vérité. Dans un environnement ou l’inacceptable pour elle est la coutume, Juletane s’interroge : « Et si les fous n’étaient pas fous ! Si un certain comportement que les gens simples et vulgaires nomment folie, n’étaient que sagesse, reflet de l’hypersensibilité d’une âme pure, droite… »

Cloîtrée dans sa chambre de seconde épouse, Juletane va tenir un journal qui nous sera lu par Hélène, une autre femme d’une île de la Caraïbe. Hélène est alors dans un service de psychiatrie où l’assistante sociale va lui confier le cahier de Juletane, pour qu’elle ait une idée des souffrances de cette dernière et essaie de retrouver sa famille.

Au final, c’est quand même un récit morose car « Le sursis de Juletane dura trois mois, après la mort de Mamadou. Un matin l’infirmière de garde l’avait retrouvée sans vie : son cœur usé s’était arrêté. Simplement »

Plus exactement, « Juletane » c’est deux récits qui peuvent se lire séparément. Ils mettent en parallèle deux vies bouleversées par la lâcheté de l’homme, par opposition à la femme : celle d’Hélène qui devient intraitable avec les hommes à la suite d’une déception et celle de Juletane qui sombre dans la dépression à cause de Mamadou.

L’auteure de « Juletane », Myriam Warner-Vieyra, est née en Guadeloupe et s’est installée au Sénégal depuis les années 60. Elle vient de décéder et c’était pour moi ici, l’occasion avec cette lecture, de lui rendre hommage. Elle est également auteure de « Femmes échouées », nouvelles(1988), « Le Quimboiseur l'avait dit », roman(1980).

Lire Myriam Warner-Vieyra, « Juletane », Présence Africaine, Paris 2001.